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Attaque par les myiases : un féau à combattre

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L’apparition de myiases : cherchez les coupables ?

Les myiases constituent une parasitose qui peut entraîner des pertes économiques considérables dans les cheptels ovins (baisse de production, mortalité accrue, surcoût des traitements, augmentation de la surcharge de travail,…). Il s’agit d’une maladie due aux larves carnassières de deux types de mouches : Lucilia sericata responsable des myiases classiques et Wohlfahrtia magnifica. Les larves sont pondues et déposées directement sur les zones délainées et s’enfoncent profondément dans les tissus. On les retrouve principalement dans la vulve, le fourreau et les pieds mais également dans les conduits auditifs et au niveau des plaies (animaux accidentés, bouclage, combat entre béliers,…)

Cette pathologie très ancienne, s’étend pour plusieurs raisons synergiques : changement climatique avec réchauffement de l’atmosphère, développement du plein-air, agrandissement des troupeaux, main d’œuvre se raréfiant entraînant des difficultés de surveillance et de soins aux animaux.

Lucilia sericata dans les zones laineuses
La mouche Lucilia sericata se localise plutôt dans la laine. En lacérant la peau, les larves creusent des galeries. La toison montre des zones lainées humides, brunâtres et d’odeur fétide avec des centaines d’asticots. La présence d’une tache brune doit alerter. En écartant la laine, des mèches tombent et les asticots sont visibles. Les zones à inspecter en période à risque sont le rectum, la vulve, le fourreau, la base des cornes, les pieds ou les plaies de tonte.


Wohlfahrtia magnifica dans les orifices et dans les pattes
La mouche Wohlfahrtia magnifica a été découverte en 2012 dans la Vienne, son extension est depuis exponentielle notamment dans les zones de montagne. Elle est présente de mi-mai à fin octobre suivant les conditions climatiques. Elle est attirée par tout écoulement de liquides physiologiques (sang, sérosité, sécrétions vulvaires), d’où les principales localisations des lésions : espaces interdigités, vulve, nombril, plaies. La mouche Wohlfahrtia magnifica dépose directement des larves. Les asticots d’environ 1 à 1,5 cm attaquent ensuite les chairs en creusant des galeries parfois jusqu’à l’os et provoquent des lésions profondes. Les animaux les plus touchés sont les ovins, mais des cas sont également observés sur les bovins et les chiens.


Un affaiblissement des animaux et des plaies profondes
Quelle que soit la mouche, les symptômes généraux sont similaires : affaiblissement, perte de poids et d’appétit. Pour Lucillia, la laine tombe, révélant parfois des plaies profondes qui peuvent se surinfecter, d’où une souffrance et des démangeaisons chez les animaux atteints qui s’isolent et répugnent à se déplacer. Pour Wohlfahrtia, le tableau clinique est dominé par des boiteries avec déformation du pied, écartement des doigts et des écoulements vulvaires.


Animaux infestés : comment les soigner ?
Lorsqu’un ovin infesté de myiases est découvert, il est nécessaire d’agir immédiatement (dans la mesure du possible). Plus on attend, plus les chances de guérison s’amenuisent.
La première étape consiste à éliminer les larves. Lorsque les myiases sont situées dans la toison, l’idéal est de tondre une grande zone autour des lésions pour faciliter la vision. On procède ensuite au retrait manuel des asticots associé à l’administration d’un traitement insecticide adapté pour faciliter leur évacuation (attention aux risques de brûlures). Il est nécessaire d’envoyer la dose de produit dans la lésion avec de la pression, aidé d’une seringue pour atteindre les larves logées en profondeur. Les asticots doivent être retirés avec l’aide d’une pince, en évitant le curetage qui abîme les chairs. La plaie doit ensuite être désinfectée et protégée. Il est recommandé d’appliquer à nouveau un insecticide autour des lésions afin de limiter le risque de recontamination. L’application d’un cicatrisant sur la plaie permet une guérison plus rapide. Un traitement antibiotique peut être réalisé en complément afin de limiter les complications bactériennes tout comme un apport de vitamines et d’hépatoprotecteurs afin d’aider l’animal à récupérer.


Comment éviter leur prolifération ?
Pour limiter les sources d’attraction pour les mouches, il est INDISPENSABLE de maîtriser les facteurs de risques :
•    Affections des pieds = parer régulièrement pour limiter l’apparition du piétin et de panaris et envisager la vaccination si les boiteries sont récurrentes.
•    Plaies (en particulier à la tête des béliers) = soigner toutes les blessures pour une cicatrisation rapide.
•    Ecoulements vaginaux (éponges et saillies) = administrer un insectifuge ou antiparasitaire externe autour de la vulve à la pose d’éponges.
•    Coupe de queue = sectionner à une longueur suffisante pour protéger la vulve et gêner la ponte des mouches.
Pour une protection corporelle vis à vis des myiases, plusieurs solutions existent :
•    Les produits organophosphorés et les pyrèthres. Ils s’utilisent en pulvérisation, en pour-on (sur le dos) ou en bain, avec une faible rémanence. L’efficacité sur les animaux se limite à trois semaines, voire moins lors d’attaques de mouches répétées et en forte pullulation. Cela entraîne une répétition des traitements (trois à quatre fois par an).
•    Le Dicyclanil est la seule molécule avec l’indication de traitement préventif contre les myiases (pulvérisation). Son utilisation a permis d’apporter une sécurité dans les traitements et une tranquillité pour l’éleveur, avec une rémanence de huit à seize semaines.
•    Des solutions naturelles insectifuges à base d’extraits végétaux.
•    Des seaux complémentés à l’ail semblent donner des résultats mais nécessitent un dosage suffisant tout en restant appétents.
•    Des études sont en cours sur des répulsifs à base d’huiles essentielles.

Face au fléau que peuvent représenter les myiases dans certaines exploitations ovines du département, la stratégie de lutte est à adapter en prenant en compte un ensemble de facteurs : état général du troupeau, conduite, conditions climatiques, situation géographique, le tout associé à une surveillance accrue en période à risque et à une rapidité d’action en cas de problème. Pour cela, nous vous invitons à vous rapprocher de votre vétérinaire sanitaire qui vous aidera à déterminer le protocole sanitaire le mieux adapté à votre troupeau, il en va de la rentabilité de votre élevage.